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Dur dur d’être un garçon

MISE EN CONTEXTE  

Les chercheurs, les éducateurs, les parents se préoccupent de plus en plus de la situation des garçons etles médias reflètent ces nouvelles préoccupations. Dorénavant, on a droit par intervalles, comme ce fut le cas la semaine dernière, à une vague de reportages, d’émissions, d’articles. La Presse a produit un dossier S.O.S Garçons. Les autres médias ont suivi.  

Est-ce que les garçons sont tout à coup devenus un sujet vendeur? Est-ce que les garçons sont devenus le nouvel angle pour aborder les grands enjeux de notre société : décrochage scolaire, intimidation, sexualité, éclatement des valeurs, suicide, publicité, …  

L’actualité en classe s’est préoccupée de laisser les jeunes s’exprimer sur certains problèmes, notamment celui de la violence, qu’on associe à la situation des garçons dans notre société.



ACTIVITÉ 1 :  Ce que je sais…  

Il semble que cette violence appartienne bien plus aux garçons qu’aux filles. As-tu l’impression que c’est vrai si tu regardes ce qui se passe dans la cour d’école ?  

Peux-tu donner la définition de chacun de ces mots sans regarder dans le dictionnaire?  

  • Colère
  • Agressivité
  • Rage
  • Violence

Tu peux ajouter du texte dans la bulle en fonction de ta compréhension de l’image.  


 
ACTIVITÉ 2 :  Je fais mon enquête  

Afin d’accumuler tes propres données sur le sujet, compose un questionnaire dans le but de faire ton enquête. Assure-toi de faire la distinction entre les réponses des filles et des garçons tout en posant les mêmes questions. Exemples de questions :

 

  • Fais-tu des colères?
  • As-tu l’impression d’être agressif? Dans tes actes mais aussi dans tes paroles?
  • As-tu déjà posé des gestes de violence? Dans tes actes mais aussi dans tes paroles?
  • Qu’est-ce qui te choque le plus?
 

Fais la compilation des réponses. Compare tes réponses avec d’autres élèves de ta classe. Peux-tu apporter des conclusions?    



ACTIVITÉ 3 : Je prends conscience de l’influence des médias      

Les études semblent confirmer qu’il existe un lien entre la violence dans les médias et la violence réelle dans notre société surtout par effet cumulatif. D'autres études montrent que la violence dans les médias n'a pas seulement augmenté, elle est devenue plus spectaculaire et sadique que jamais. Elle est aussi très souvent liée à la sexualité. Pour certains, on devrait la bannir, pour les autres la contrôler notamment par un meilleur système de classification des films, des jeux, etc.  

Et les adultes? Devraient-ils donner l'exemple? Pourquoi les jeunes auraient-ils à faire mieux que les adultes? Qu’est-ce que les adultes ont écouté quand ils étaient jeunes?  

Pourquoi pas en discuter?

Je t’invite à lire l’article de Chantal Guy Pourquoi les garçons préfèrent-ils le gore, la violence? paru dans La Presse portant sur les préférences des jeunes dans leurs divertissements. Attention, tu liras beaucoup d’opinions différentes de garçons et non des faits. À toi de réagir !  Vous pouvez faire parvenir vos réactions au courriel de Chantal Guy cguy@lapresse.ca.  

Pistes de discussions sur la violence dans les médias  

Les producteurs privilégient la violence dans les films ou les jeux vidéos notamment parce qu'elle se vend bien, au pays comme à l'étranger. Beaucoup de gens, en effet, aiment les films d'action, mais les campagnes de promotion sont conçues pour augmenter encore cette soif de violence, particulièrement chez les jeunes.

 

  • La violence est-elle gratuite ou essentielle à l’intrigue?
  • S’y mêle-t-il un certain humour et cet humour la rend-elle moins grave?
  • Quelle impression cela vous fait-il d'être considérés comme une cible idéale par les médias violents?
  • Est-ce que les gens ne développent pas une insensibilité de plus en plus grande à la violence?
  • Pensez-vous que nous avons besoin d'une représentation visuelle de la violence?
  • Qu’est-ce que vous attendez du prochain film d'action que vous irez voir?
  •      
  • Cette accoutumance de plus en plus grande à la violence peut-elle devenir un problème? Pourquoi?
  • Qui sont les victimes de violence? Des hommes, des femmes, des personnes âgées, des enfants, des Blancs, des représentants de minorités visibles?
   

Questions inspirées du document du Réseau Éducation-Médias Discuter avec les jeunes de la violence dans les médias.    

Pour poursuivre sur ce thème :  

La violence à la télévision  

Les conséquences de la violence  

La violence dans les jeux vidéo



INFORMATION COMPLÉMENTAIRE    

L'urgence de diminuer la violence télévisée  

L’agressivité à l’école  

Faut-il craindre l’effet des jeux vidéo?  


 
LIEN AVEC LE PROGRAMME DE FORMATION  

Compétences transversales
Compétences transversales d'ordre méthodologique
Connaissances se rapportant au développement affectif

  • Le portrait de soi (ex.: goûts, intérêts, qualités)
  • Les sentiments (ex.: joie, colère, peur)
Pour en savoir plus...      



Un merci particulier à Andrée Thibeault, Spécialiste en éducation aux médias, Réseau Éducation-Médias.

La Presse
Cinéma, samedi 3 mai 2003, p. C3

S.O.S. garçons

Pourquoi les garçons préfèrent-ils le gore, la violence?

Guy, Chantal

LES DIVERTISSEMENTS des garçons sont systématiquement montrés du doigt quand un drame survient. Dans le documentaire Bowling for Columbine, le réalisateur Michael Moore s'interroge sur la réaction des adultes qui ont accusé le film The Matrix ou le chanteur Marilyn Manson d'avoir été des influences néfastes sur les deux adolescents qui ont commis la tuerie de Columbine.

Les garçons avaient aussi joué au bowling avant d'ouvrir le feu: est-ce à dire que le bowling est une mauvaise influence? se demande le réalisateur qui estime qu'on évite avec ces accusations de se pencher sur le lobby des armes à feu.

En 2001, en Ontario, un garçon, fan de Stephen King, a passé 30 jours en prison pour avoir écrit une fiction violente qui a été perçue par son école comme une menace. Le film Child's Play 3 a été accusé en 1993 d'avoir inspiré deux garçons de 11 ans à en tuer un autre. Régulièrement, des groupes de pression dénoncent la violence à la télévision et au cinéma comme étant la cause de la criminalité et de la violence chez les jeunes.

Robert Laplante, Maurice Devereaux et Aleksi K. Lepage ont passé leur enfance et leur adolescence à se gaver de films d'horreur. Aujourd'hui dans la trentaine, ils sont respectivement finissant au doctorat en communication à l'UQAM, réalisateur et journaliste. Les trois hommes en ont marre de voir leur dada de jeunesse (qu'ils affectionnent encore) perçu comme un danger pour la société.

«J'aime la violence au cinéma, affirme Aleksi K. Lepage, critique de cinéma à La Presse et grand amateur de films d'horreur. Oui, voir ces films me défoulait et me divertissait. Ça me permettait aussi d'aborder des peurs, des angoisses, des situations que je n'aurais pas voulu vivre dans la vraie vie. De plus, j'admirais les cascades, les maquillages et les effets spéciaux. J'ai vu probablement ce qu'il y a de pire comme films et je ne suis pas devenu fou pour autant. La violence réelle me dégoûte. En fait, je suis devenu un connaisseur: je pouvais nommer tous les noms des réalisateurs, des créateurs d'effets spéciaux et des compositeurs de musique. Quand on attaque ces films, on a souvent l'impression qu'ils n'ont été faits par personne et qu'ils arrivent de nulle part.»

«À cinq ans, j'aimais déjà avoir peur, dit Maurice Devereaux, réalisateur des films Lady of the Lake et Slashers. Il n'y avait rien de mieux que les films d'horreur, de science-fiction, de fantastique. C'était les émotions fortes qui comptaient. Je suis tranquillement devenu plus critique face à la qualité des films de ce genre, je suis passé de Star Wars à 2001, l'Odyssée de l'espace et finalement, je suis devenu un cinéphile. Je regarde autant un Éric Rohmer qu'un bon film d'épouvante.»

Maurice Devereaux estime qu'une bonne partie des garçons à problèmes sont plutôt ceux qui n'ont pas d'intérêts dans la vie et qui sont laissés à eux-mêmes. «Ceux qui ont une passion sont occupés à leur passion plutôt qu'à faire du trouble, croit-il. Ceux qui croient qu'en enlevant toute la violence dans les arts rendra le monde meilleur ont une pensée d'enfant, en réalité. Ça n'a pas pris la télé ou le cinéma pour faire des guerres, ou des meurtres dans l'histoire. Et puis, il faudrait brûler la Bible, les oeuvres de Shakespeare... le trois quart des oeuvres en fait!»

«Je me rappelle un commentaire de Martin Scorsese, qui disait que la télévision n'était pas un créateur de la violence en société mais plutôt qu'elle l'absorbait, dit Robert Laplante. Je suis d'accord avec ça. Peut-être que si on ne pouvait pas exalter par procuration la violence qu'on a tous en nous, ce serait pire dans nos rues. Arrêtons de faire de l'angélisme. En Asie, ils sont de très grands consommateurs de films violents. La seule façon pour une société d'être en santé mentale, c'est de pouvoir transgresser des interdits au moins symboliquement, surtout dans des sociétés populeuses et restrictives.»

Maurice Devereaux se dit contre la censure, mais pour la cotation des films. «Le refrain qui revient toujours par rapport à la censure, c'est celui-ci: qu'est-ce qu'on fait des gens déséquilibrés qui ne voient pas la différence entre la fiction et la réalité? Le mot-clé là-dedans, c'est «gens déséquilibrés». Ces personnes n'ont pas besoin du cinéma pour passer à l'acte. Et les gens se sentent impuissants face à ça. C'est plus facile d'interdire La Matrice- vu par des millions de personnes «équilibrées»- que d'empêcher Columbine.»

«La grosse tendance, en ce moment, c'est de dire que l'émetteur est un gros méchant et le récepteur une pauvre victime sans défense, croit Robert Laplante. Ce qui est faux. Tout le monde a ses propres filtres en regardant la télé ou des films. La véritable influence, à mon avis, ce sont les parents, l'éducation. Chez moi, tout le monde aimait ça, l'horreur.»

Aleksi K. Lepage se souvient avoir regardé des films gore avec ses parents. «Ils voyaient une métaphore de la société de consommation dans Dawn of the Dead et j'aimais leurs commentaires, ça enrichissait mes réflexions.»

Le professeur Daniel Coulombe, auteur de l'essai Le Fantastique religieux et l'adolescence (Fides) estime pour sa part que le cinéma fantastique aborde pour les adolescents les questions spirituelles. «Voir quelqu'un se promener dans un cimetière, c'est déjà parler de la mort, croit-il. La crise identitaire des garçons les amène à se rebeller contre l'autorité et ils préfèrent le gore, la violence. Dans le fantastique, ils trouvent la quête dont ils ont besoin, dans le combat entre le bien et le mal, dans la transgression des tabous.»

En fait, les garçons retrouvent tout ce qu'ils aiment dans The Matrix: effets spéciaux, action, mysticisme, quête, technologie, héros, méchant, émotions fortes.

Pendant cette «quête» identitaire du garçon, le côté «fan» est exacerbé, en rapport avec l'esprit de groupe. «C'est paradoxal, ils veulent être marginaux par rapport à la masse et acceptés par leurs amis, dit Daniel Coulombe. C'est pour ça qu'un garçon est très heureux que personne ne comprenne quand il parle Vulcain comme dans Star Trek, mais qu'il se sente, avec ceux qui aiment ça comme lui, accepté parmi les meilleurs, les plus connaisseurs.» Daniel Coulombe comprend bien le phénomène: à l'université, personne ne voulait prendre sa thèse sur l'univers de Tolkien (Le Seigneur des anneaux)!

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