|
Foire aux questions sur l'éducation aux médias
Qu'est-ce que l'éducation aux médias ?
Dans un rapport publié par l'Unesco en 1984, on peut lire :
[par éducation aux médias, il convient d'entendre] toutes les manières
d'étudier, d'apprendre et d'enseigner à tous les niveaux […] et en
toutes circonstances l'histoire, la création, l'utilisation et
l'évaluation des médias en tant qu'arts plastiques et techniques, ainsi
que la place qu'occupent les médias dans la société, leur impact social,
les implications de la communauté médiatisée, la participation, la
modification du mode de perception qu'ils engendrent, le rôle du travail
créateur et l'accès aux médias.
L'éducation aux médias désigne donc différentes approches et différents
contenus. Le corpus qui en résulte est loin d'être homogène et pour
certains des intervenants, ce caractère un peu éclectique est très
positif puisqu'il témoigne de la prise en compte du contexte social et historique dans lequel
l'éducation aux médias est dispensée.
Nous traiterons ici plus précisément de l'éducation aux médias telle que
la réforme en éducation en cours d'implantation au Québec en trace la
voie. D'une certaine façon, on peut dire que son contenu est encore en
construction. Le projet de l'Actualité en classe s'insère dans ce
développement. Il témoigne des visions de ceux et celles qui y
contribuent : des chercheurs et praticiens de l'éducation et des
communications ainsi que des artisans des médias et des nouveaux médias.
On peut aborder l'éducation aux médias :
Dans quel but éduquer aux médias ?
L'expression «éducation aux médias» ne renvoie pas à un contenu bien
délimité. C'est pourquoi on définit souvent l'éducation aux médias en
terme d'objectif, celui de favoriser le développement de l'esprit
critique à l'égard des médias. Mais le terme «critique» est un peu
ambigu : il renvoie tantôt à l'idée de désapprobation tantôt à celle de
distanciation. Le ministère de l'Éducation du Québec indique sa
préférence pour la seconde acception - la distanciation - lorsqu'il
identifie l'objectif global suivant : Exercer son esprit critique, tout
en ayant développé sa pensée créative et autonome dans l'utilisation du
langage et de l'environnement médiatiques 1. Il ne s'agit donc pas de
dévaluer les médias, mais bien d'apprendre à les connaître pour mieux
s'en servir à la fois comme récepteur et producteur.
Comme certains chercheurs l'ont bien démontré 2, il se fait déjà de
l'éducation aux médias dans les écoles du Québec. On éduque aux médias
en arts-communication, en arts plastiques, en morale et bien sûr en
français, sans compter les nombreuses initiatives personnelles en
histoire, en géographie etc. La réforme de l'éducation qui se met en
place apporte un élément nouveau :
Pourquoi éduquer les jeunes aux médias ?
Les raisons qui ont poussé des éducateurs à préconiser d'éduquer les
jeunes aux médias sont variées : formation de consommateurs avertis ou
de citoyens éclairés, lutte contre décrochage scolaire ou contre
l'analphabétisme, recherche du progrès social, formation des futurs
travailleurs, etc. Certaines d'entre elles étaient inspirées par une
attitude défensive : on souhaitait éduquer aux médias pour protéger les
jeunes contre les effets néfastes des médias. Cette attitude n'a pas
complètement disparu et ne disparaîtra sans doute jamais de nos
motivations, mais on estime aujourd'hui que l'école doit intégrer les
médias à son enseignement, d'abord et avant tout parce que ceux-ci font
partie de l'univers des jeunes, parce qu'ils sont pour eux un domaine
d'expérience de vie. Les médias : un domaine d'expérience de vie.
Les médias : un domaine d'expérience de vie
Les médias alimentent, animent et influencent sans arrêt la vie
intellectuelle, affective et sociale des enfants. Les enfants aiment la
télévision et tous les autres médias comme ils aiment l'ordinateur et
les technologies issues de l'informatique où ils retrouvent des éléments
de plaisir, d'instantanéité, de rapidité et d'efficacité. Les médias
plongent les enfants dans la négociation constante de l'imaginaire avec
le réel; de l'émotion, de l'affectivité et de l'intuition avec la
rationalité. L'expérience quotidienne des enfants avec les médias
implique chez eux une activité intelligente qui les introduit à une
diversité d'informations, de connaissances et d'expériences psychiques
déterminantes; elle les oblige à choisir, à faire des liens, à traiter
l'information, à donner du sens.
Les médias constituent un domaine d'expérience de vie. L'enfant y puise
nombre des ingrédients avec lesquels il se construit son identité
personnelle et sa vision du monde, ses modèles de santé, de bien-être et
de comportement socio-relationnel, une représentation de l'environnement
physique, de l'univers du travail, de la consommation, de la vie
collective et de la citoyenneté. Les médias exercent également une
influence sur son rapport avec la connaissance, les apprentissages et la
motivation scolaires. En éduquant l'enfant aux médias, l'école
accompagne l'enfant dans ce domaine d'expérience de vie et l'aide à
symboliser ce qu'il a éprouvé, puis à intégrer de manière personnelle ce
qu'il apprend à l'école et dans les médias.
(extrait du Programme des programmes produit par le Ministère de
l'Éducation du Québec)
Quels sont les objets d'étude de l'éducation aux médias ?
Même si elle est en cours d'implantation en tant que domaine
d'expérience de vie et qu'elle doit être enseignée dans tous les
programmes disciplinaires, l'éducation aux médias a ses propres objets
d'étude :
- réception des médias (usages, habitudes de fréquentation, influence des médias, public cible…) ;
- langages et technologies des médias (genres journalistiques, grammaire visuelle, écriture hypertextuelle, sémiologie de l'image…) ;
- réglementation et propriété des médias (institutions médiatiques, financement, publicité…) ;
- contenus diffusés par les médias (représentation, objectivité, pluralisme, valeurs…).
Elle a aussi pour objet :
- la capacité de production médiatique des jeunes eux-mêmes,
c'est-à-dire l'utilisation des différents langages comme une technologie
de l'intelligence.
(adapté d'un extrait du Programme des programmes produit par le Ministère de
l'Éducation du Québec)
Qui éduque-t-on aux médias ?
L'éducation aux médias vise différents publics et beaucoup
d'intervenants en éducation aux médias pensent qu'elle doit nous
accompagner tout au long de notre vie. Traditionnellement, ce sont les
élèves du secondaire qui ont été visés en Amérique du Nord dans le cadre
d'initiatives d'éducation à la télévision, en réaction à la popularité
grandissante de celle-ci, initiatives souvent menées hors de l'école.
Les projets de d'utilisation de la presse écrite en classe, développés à
l'origine aux Etats-Unis et souvent plus proches de l'éducation par les
médias que de l'éducation aux médias, visaient toutefois les élèves du
primaire aussi bien que ceux du secondaire. Le projet de l'Actualité en
classe vise les jeunes de 10 à 14 ans et prend place à l'école.
Soulignons que la réforme de l'éducation en voie d'implantation au
Québec inscrit l'éducation aux médias dans les curricula scolaires du
pré-scolaire à la fin du secondaire (5 à 17 ans).
Quels médias ?
En éducation aux médias, quand on parle de médias, on pense plus
particulièrement aux médias de masse et à la culture populaire,
c'est-à-dire :
- la presse écrite (journaux et magazines)
- la presse électronique (radio, télé, Internet)
- les émissions diffusées par les chaînes de radio et de télévision
- les cédéroms grand public
- les jeux multimédias les sites Web
- le cinéma (documentaires et fiction)
- la photographie de presse
- les affiches les livres à grand tirage
- les bandes dessinées
- la musique populaire
- les vidéoclips
- la publicité
- etc.
Mais on peut aussi intégrer les médias communautaires et
les médias alternatifs. En fait, l'éducation aux médias cherche à
intégrer tous les médias, les anciens, comme le livre, qui ont acquis à
l'école un statut enviable ; les plus récents, comme la télévision et la
radio envers lesquels l'école éprouve encore beaucoup de réticence;
ainsi que les nouveaux médias, comme le Web et le courriel, qui
provoquent chez les enseignants un mélange de crainte et de fascination.
Si l'éducation aux médias touche un si large éventail, c'est parce que
les questions qu'elle pose sont héritées d'une longue tradition
combinant la rhétorique (appliquée souvent dans l'enseignement de la
langue maternelle) et la démarche scientifique (appliquée plus souvent
aux sciences). La pensée critique, au coeur de l'éducation aux médias,
peut s'appliquer à tous les médias, mais ses modalités doivent tenir
compte des spécificités de chacun d'eux.
Comment éduque-t-on aux médias ?
Théorie et pratique
La manière d'éduquer aux médias a longtemps été une source de débat
entre les intervenants. Certains ne juraient que par l'analyse et
l'observation passive alors que d'autres estimaient qu'il fallait
absolument que les jeunes s'adonnent à la production médiatique. Depuis
un important colloque international tenu aux débuts des années 90, on
peut dire que ce débat est maintenant chose du passé car on met
désormais de l'avant une approche qui combine un volet théorique et un
volet pratique. C'est aussi cette approche que la réforme de l'éducation du Québec a
adoptée.
Approche transversale
L'éducation aux médias, intégrée transversalement au cursus, est
ambitieuse : elle propose d'utiliser les matières disciplinaires pour
comprendre les enjeux sociaux dont on trouve des échos dans les médias,
ainsi que les expériences personnelles que ceux-ci nous font vivre. Elle
invite aussi bien les professeurs de sciences, que de langues et d'arts
à contribuer au développement du savoir à l'enrichissement de
l'expérience de vie de leurs élèves avec les médias en utilisant les
savoirs spécifiques de leur matière. Ce faisant, elle donne l'occasion
aux enseignants de contextualiser leur discipline et d'en démontrer la
pertinence de leur discipline tout en favorisant une meilleure
appropriation de celle-ci. Un élève auquel les cours de sciences
physiques portant sur les ondes hertziennes peut être l'occasion de
faire permettent de mieux comprendre la réglementation portant sur les
radiodiffuseurs si l'enseignant en profite pour souligner que les ondes
hertziennes sont limitées et ont été considérées comme des richesses
naturelles dont le CRTC devait réglementer l'usage. L'élève retiendra
ainsi davantage la théorie sur la physique des ondes, surtout si son
professeur d'histoire a mis à son programme un peu d'histoire des médias...
Quelques exemples pour le primaire
Sciences. Les enfants manifestent
de l'inquiétude parce qu'ils ont vu dans les médias qu'un ouragan
terrible avait dévasté un pays d'Amérique du Sud. On les invite à
s'exprimer à ce propos, à apporter en classe un exemplaire d'un journal
qui en traite. Puis on compare l'information que l'on trouve dans un
manuel scolaire avec celle du journal.
Technologies. Les enfants parlent beaucoup de la télévision. On peut en
profiter pour expliquer quelques-unes des technologies qui ont permis la
fabrication des images jusqu'à celles qui les transmettent et les
acheminent à la maison (de la photo à la télévision). On peut aussi en
profiter pour traiter des effets spéciaux.
Mathématiques. Pour expliquer simplement l'économie des médias, on peut
inviter les enfants à planifier le coût d'un journal de classe (prix des
photocopies, de la numérisation couleur des photos de classe, des
timbres s'il y a lieu moins la commandite de la caisse populaire du
quartier dont on publiera la carte d'affaires…). Ou encore, on peut
demander aux enfants de comparer la surface occupée par la publicité
dans un hebdo «gratuit» et celle occupée dans un hebdo à abonnement
(payant).
Univers social. Les enfants parlent tous d'un nouveau film de Disney
dont on annonce la sortie prochaine sur les écrans. C'est l'occasion de
parler des moyens de promotion et de publicité utilisés et d'aborder la
notion de public cible.
Arts (musique). Les enfants adorent certains groupes (Back Street Boys,
Spice Girls ou encore Britney Spears). On peut aborder les genres
musicaux, faire un palmarès maison des groupes préférés des élèves pour
expliquer l'élaboration des «top ten».
Univers social. Les enfants ont vu le film Mulan. C'est l'occasion de
parler de la Chine en les invitant à caractériser la représentation que
le film donne de la Chine, comparativement aux idées qu'ils s'en font et
aux informations que livrent d'autres types de documents médiatiques ou
encore leur livre de géographie.
Langue d'enseignement. Les enfants ont tous vu le film Titanic. On peut
les inviter à comparer le film avec des livres portant sur le même
sujet. En comparant la forme écrite et la forme cinématographique, on
peut aborder les conventions de l'une et de l'autre et donner aux
enfants «les mots pour le dire».
Développement personnel et social. Les enfants peuvent confronter les
valeurs qui sont mises de l'avant dans les magazines qui leur sont
destinés, notamment en termes de critères physiques (grand, mince,
costaud) et humains (le héros du stade, la gracieuse gymnaste). Ils
peuvent également comparer la population des médias (les personnages des
émissions de télé) avec celle qu'il trouve dans leur environnement
immédiat (la famille, les amis).
(extrait du Programme des programmes produit par le Ministère de
l'Éducation du Québec)
1. Ministère de l'Éducation du Québec, Le programme des programmes
(bulletin de liaison), Automne 1999 (numéro destiné aux enseignants du
primaire)
2. Roussy, Michel. 1993. Esquisse d'un modèle d'éducation aux médias
pour les écoles secondaires francophones du Québec, Thèse de doctorat,
Faculté des sciences de l'éducation, Université de Montréal, 1993, 236
p.
|